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Après avoir abordé certains peintres phares de Montmartre, je m’attacherai à traiter de certains poètes qui ont marqué l’esprit de la Butte et à montrer que Max Jacob et Guillaume Apollinaire entretenaient des rapports privilégiés avec Picasso.

 

Ces derniers partagent l’amitié, les disputes, les rapports professionnels, la vie de bohème, la misère, l’inspiration, la joie. Picasso est surnommé « l’oiseau du bénin » par Apollinaire et de « Mon vieux Picasso » ou encore « Le père Picasso » par Max Jacob que Picasso, lui, surnomme « mon filleul ».

Avec Max Jacob, Les rapports privilégiés entre l’artiste et le poète sont devenus selon René Charles « alliés substantiels ».

Le Maître de Malaga commence à écrire des poèmes à partir de 1934 quand il se trouve dans une véritable impasse picturale. Le désir attrapé par la queue (pendant l’occupation allemande) ou encore Les Quatre petites filles (1950-51) en sont des exemples. Cet autre talent n’a pas manqué d’étonner sa mère qui a écrit : « On me dit que tu écris. De toi je crois tout possible. Si un jour on me dit que tu as dit la messe, je le croirai aussi bien. »

L’amitié légendaire tissée entre Max Jacob (1876-1944) et le Maître des « Demoiselles d’Avignon » durera de 1901 à 1944, année de mort du poète. Ils ont partagé leur misère, leurs logements, leur génie. Il jouait pour le Maitre Espagnol le rôle de placier en peinture, de négociateur de toiles et de dessins. Ils étaient également proches géographiquement. Le poète a habité le 17 rue Gabrielle et le 7 de la rue Ravignan dans une pièce misérable avec une minuscule pour se rapprocher de Picasso qui logeait alors au 13 de cette même rue. Si vous vous baladez dans cette rue, vous aurez l’occasion d’y voir une plaque sur laquelle il est écrit :

« Le poète Max Jacob (1876-1944)
a habité cette maison de 1907 à 1911. »

Il a écrit un poème dédié à cette rue, en voici quelques vers :

« Je te regrette O ma rue Ravignan
De tes hauteurs qu’on appelle antipodes
Sur des pipeaux m’ont enseigné l’amour
Douces bergères et leurs riches atours
Venues ici pour nous montrer les modes
L’une était folle
Elle avait une bique
avec des fleurs sur ses cornes de paon
L’autre pour les refrains de nos fêtes bachiques
La vague et pure voix qu’eût rêvée Malibran
L’impasse de Guelma a ses corregidors
Et la rue Caulaincourt ses marchands de tableaux
Mais la rue Ravignan est celle que j’adore
Pour les coeurs enlacés de ses porte-drapeaux
Là taillant des dessins dans les perles que j’aime
Mes défauts les plus grands furent ceux de mes poèmes. »

Une autre grande figure de la poésie a eu une place notable dans la vie de Picasso : Guillaume Apollinaire (1880-1918)
« Grâce à lui, la poésie devenait la servante de l’art moderne »

Il fit la connaissance de Picasso en 1903. C’est au bar Austin’s que Mollet présenta le peintre au poète. En 1907, Apollinaire s’installe non loin de la Butte, au 8 rue Léonie (aujourd’hui rue Henner dans le 9e arrondissement). Quand Apollinaire écrit « Alcools » en 1913, il dédie un de ses poèmes à Max Jacob. On sait aussi qu’il dédia un de ses calligrammes (poème dont la disposition des vers forme un dessin) à Picasso. Il a parfois été affirmé que la technique d’écriture du poète aurait eu des rapports avec les recherches picturales cubistes. On sait également que quelques éléments tirés des peintures signées du Maître comme « La famille des saltimbanques » ou encore « La jeune fille à la boule » ont inspiré le poète pour sa série « Les Saltimbanques ».

Lorsque Picasso part s’exiler à Barcelone, Apollinaire lui écrit ces vers sur Montmartre :

« Vous voulez que je trace à vos yeux attendris
Ce que vous vîtes quand vous laissâtes Paris
Le décor Somptueux de la rue des Trois Frères
Enchanta vos quatre yeux et des larmes dernières
Tombèrent dans les mets servis par l’homme roux
Qui de la mère de Zézette était l’époux.
Du haut du Sacré-Coeur, Paris vous contemplâtes ;
(…)
Et de la Place Ravignan aux rives de la Seine
Nous courûmes courbés et sans reprendre haleine. »

Ce triangle créatif a donné naissance à une exposition intitulée « Les destins croisés : Max Jacob, Pablo Picasso, Guillaume Apollinaire » qui a eu lieu en 2009 au musée Edgar Melik château de Cabries.

L’amitié et les influences mutuelles qui existaient entre ces trois figures de l’Art et de la poésie ont profondément marqué l’histoire de Montmartre, lieu d’émulation intellectuelle et artistique. Bon nombre d’endroits mythiques de ce quartier ont servi de lieux de rendez-vous à ces artistes, lieux que nous vous dévoilerons dans le prochain article.

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